Une cible pour les publicitaires


L’enfant participe désormais à la prise de décision dans la famille et au processus de  consommation des ménages. Est-ce pour autant un enfant-roi ?



«L’enfant est une personne», affirmait le Dr Françoise Dolto. Une phrase qui a fait le tour des médias. Les parents l’ont captée au vol et se sont mis à traiter leur gosse comme un adulte, en lui demandant tout le temps ce qu’il veut, ce qu’il ne veut pas…
Se mariant de plus en plus tard (27 ans et quelques poussières en moyenne), l’âge moyen de la première grossesse des femmes tunisiennes tourne autour de 29 ans, beaucoup n’auront pas le temps de faire un second bébé, notamment les citadines menant de front une carrière et une vie de famille. Elles s’investiront donc et investiront énormément dans cet enfant unique qui sera très vite conscient de la place qu’il occupe dans la famille et apprendra à en profiter. La prise de pouvoir est inéluctable si l’enfant ne rencontre pas de résistances. En France, le thème des «enfants-rois» est sur tous les rayons des librairies depuis quelques années.
Ridha Ben Amor, sociologue ayant dirigé plusieurs recherches sur la jeunesse, s’interroge sur la teneur scientifique de ce concept qui n’a pas fait l’objet d’études chez nous et nuance son adaptation à toutes les catégories sociales tunisiennes.
«L’enfant-roi ? Oui. Mais pas partout. D’autre part peut-on parler de filles-reines y compris dans les milieux les plus traditionalistes ? ».

Enfant-roi
ou enfant-proie ?

Le sociologue ajoute : «Le statut de l’enfant dans notre société a certes changé. Lorsqu’on sort du cadre familial, on remarque que le Code de l’enfance consacre les droits des petits. La punition physique a disparu de l’institution scolaire. Un parent aujourd’hui peut même porter plainte lorsque son enfant est battu par l’enseignant. Dans la famille et dans certains milieux sociaux, l’enfant participe à la prise de décision. On lui demande désormais son avis sur beaucoup de sujets. Il est également impliqué au modèle consumériste actuel. L’enfant-roi a un coût : les familles s’endettent pour payer à leurs gosses des Nike, un portable ou des lunettes de marque. Les cours particuliers sont pratiqués dans tous les quartiers. On relève pourtant cette idée diffuse que l’ascension sociale ne passe plus par l’école».
Ils sont deux millions à remplir les rangs des écoles.  Presque autant de yeux pour regarder les écrans de télévision, pour contempler les affiches ou s’arrêter devant les vitrines. Ils deviennent une cible précieuse pour les publicitaires, les spécialistes du marketing et les industriels. Alors, enfants-rois ou enfants-proies?
Ailleurs, des agences de communication se spécialisent dans les juniors, scrutant tout le temps leurs comportements et leurs motivations d’achat. Plus que jamais, on les considère ici comme des personnes à part entière, comme des décideurs sûrs de leurs choix et sachant les imposer.
«La consommation devient ludique et se met au niveau des petits. On leur offre des chariots à leur taille dans les hypermarchés et on leur ouvre dans des centres commerciaux des aires de jeux ou même des garderies», confirme Ridha Ben Amor.
Le sociologue relève que la mondialisation aidant, l’enfant tunisien vit une ouverture sur d’autres valeurs. Même s’ils sont parfois en dissonance, les agents de socialisation se multiplient, l’école, la société, Internet, la télévision...
 Tous, en tout cas, travaillent à fond cette image de l’enfant-roi.

Olfa BELHASSINE

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

Tags: l’enfant, enfant, famille, sociologue, temps, prise, tunisie

Posté le vendredi 14 août 2009 dans Tendances



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