Néjib Kharafi, directeur général du Centre technique du textile: La mode est un cheminement


Inauguré en 1991, le Cettex est une institution d’appui au service des entreprises du secteur du textile.



 En pleine préparation avec son équipe des défilés de mode qui se dérouleront pendant le Salon euro-méditerranéen de l’habillement les 6, 7 et 8 juin au Parc des expositions du Kram, Néjib Kharafi a bien voulu nous recevoir pour nous parler des rouages de la mode, de l’évolution que connaît le prêt-à-porter et d’une mission importante du centre, à savoir aider les entreprises  tunisiennes à sortir leurs premières collections.

Où se décident les tendances. Où se crée la mode ?
A Paris, à Milan, à Londres. La mode est un cheminement. Cela commence avec la matière et notamment le fil qui donne le ton et avec les accessoires. Le salon «Expo fil» à Paris annonce la couleur, les grandes lignes des collections. Tout de suite après sortent les panneaux de tendances. Fin septembre, on organise à Paris «Mode Amont» (salon de tissus) et «Premières Visions» (salon d’accessoires). Quinze jours après défileront au Carrousel du Louvre les créateurs de la haute couture. Puis viendront les salons du sourcing et du prêt-à-porter. Il faut savoir que les tendances actuelles se décident trois saisons à l’avance. Nous avons ici un groupe de travail qui s’intéresse à la mode et à la création. Il se réunit régulièrement avec les créateurs, les cabinets de création et les centres de création pour les informer des tendances de la mode et les mettre en contact avec les formateurs étrangers en matière de design et de stylisme.
Les Tunisiens font-ils uniquement du copiage intelligent ?
Les créateurs se comptent sur les doigts d’une seule main. C’est vrai qu’une  marque comme Fushika participe pour la seconde fois à «Prêt-à-porter Paris», un rendez-vous très coté de la mode. D’autres sociétés ont racheté des marques étrangères comme Dixit. Mais il faut savoir que fonder une marque et lancer des collections demandent de gros investissements. Savez-vous que ce que nous payons dans un produit Benetton ou Lacoste reste à 80 % immatériel. Sa valeur réelle tourne autour de son nom, de sa notoriété, de son logo, de la publicité et de la communication qui l’accompagnent.
Nous remarquons autre chose, les marques qui résistent en Tunisie — certaines de grande qualité ont disparu comme Thiraz — sont celles qui disposent de leurs propres points de vente. Elles ont plus de chance, telles Mabrouk, Sasio et Blue Island, de soigner leurs produits et leur image, d’entretenir des relations directes avec leurs clients qu’ils apprennent à cibler et de tirer une bonne marge commerciale.
  Dans le monde, les entreprises de prêt-à-porter sont passées de trois à six collections par an. Par quoi expliquez-vous cette évolution ?
Il faut revenir au système de consommation en Europe. Avant, les clients s’approvisionnaient dans les petites boutiques de prêt-à-porter auxquelles ils étaient fidèles. Le paysage dans ce domaine a été bouleversé par l’apparition des chaînes spécialisées, les hypermarchés et les grandes centrales. Le consommateur est devenu volatile.
Il zappe tout le temps d’un magasin à l’autre et d’une marque à l’autre. Face à la concurrence, des enseignes comme Zara ou H&M actualisent au fur et à mesure leurs collections à une fréquence de trois à quatre semaines. Celui qui ne suit pas ce rythme infernal meurt.
Quel est l’apport du Cettex au niveau de la création et de la mode en Tunisie ?
Notre apport est indirect. Dans le domaine du textile, les Tunisiens faisaient essentiellement de la sous-traitance. Il fallait après la fin des accords multifibres en 2001 passer à une autre étape, celle de la cotraitance et du produit fini. Cette montée en gamme requiert, à côté de la maîtrise des professions liées à l’outil de production (les ingénieurs et les agents méthode), l’introduction chez nous de nouveaux métiers, à savoir le modéliste, le styliste, le patronier, le chef de produit, le sourceur, le commercial… Nous avons ainsi favorisé la création d’une école de la mode et du stylisme à Monastir et de huit centres sectoriels de formation professionnelle. Dans le cadre des accords entre l’Europe et la Tunisie et du Programme de modernisation de l’industrie (PMI), nous essayons également d’aider les entreprises à sortir leurs premières collections en leur fournissant de l’information sur la mode et un coaching technique adapté à leurs besoins. Et en les assistant pour l’installation d’un service de modélisme au sein de leur entreprise.
Propos recueillis
par Olfa BELHASSINE

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le vendredi 14 août 2009 dans Tendances



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