Le terrorisme, la guerre et la Constitution américaine
Par Hmida Ben Romdhane
Le 19 août 2009: une double attaque-suicide à proximité des ministères des Affaires étrangères et des Finances à Bagdad causa de grands dégâts, tua 95 personnes et blessa plus de 600 autres. Le 25 octobre 2009: le cur du gouvernement irakien était à nouveau la cible d’attaques.
Cette fois, c’est le ministère de la Justice et le siège du gouvernorat de Bagdad. Bilan: 155 morts et plus de 500 blessés, sans compter les immenses dégâts matériels. Le 8 décembre 2009: cinq attaques à la voiture piégée coordonnées ont dévasté des institutions gouvernementales dans divers quartiers de Bagdad. Le bilan est tout aussi tragique: 130 morts et 450 blessés.
Face au caractère répétitif de l’horreur, les blessés et les parents des morts croient qu’il s’agit là d’une une malédiction qui s’abat sur eux et sur leur ville. Une Irakienne blessée dans les attentats de mardi dernier, le visage tordu par la douleur, levait ses yeux au ciel et se demandait : «Quand prendra fin cette malédiction?»
Evidemment il ne s’agit pas de malédiction et le ciel n’a rien à voir avec ces horreurs engendrées par des actes terroristes eux-mêmes n’ayant rien à voir avec la résistance. Des actes planifiés par des esprits nihilistes qui ont le culte de la mort et de la destruction et la phobie de la vie et des attitudes constructives.
Les terroristes qui opèrent en Irak sont de la pire espèce que le monde ait jamais connue pour trois raisons. D’abord, ils sont lâches parce qu’ils n’osent pas affronter leurs vrais ennemis, c’est-à-dire les forces armées américaines et irakiennes. Ensuite parce que non seulement ils s’attaquent aux civils innocents, mais ils choisissent le temps et l’endroit où il y a le maximum de citoyens pour tuer le plus grand nombre possible. Enfin, ces terroristes-tueurs n’ont aucun programme politique et aucune perspective d’avenir. Leur but dans la vie est de s’attaquer à celle des innocents en faisant exploser leurs engins piégés dans les marchés bondés, les mosquées à l’heure de la prière ou en face de bâtiments publics dans les heures de grande affluence.
Comparés à ces auteurs de crimes massifs, les terroristes du pays basque espagnol, qui téléphonent à la police pour l’informer du lieu et de l’heure de l’explosion en lui donnant le temps d’évacuer les gens, font figure de héros qu’on aurait presque envie d’applaudir.
Les terroristes qui opèrent en Irak (nul ne sait avec certitude s’ils sont irakiens, étrangers ou mixtes) n’ont visiblement plus les moyens des années 2004, 2005 et 2006 où ils pouvaient tuer en moyenne 3.000 civils par mois. Ils semblent adapter leur nouvelle «stratégie» aux moyens humains et matériels réduits dont ils disposent désormais. Plutôt que de faire parler d’eux tous les jours, les terroristes se terrent et préparent tous les deux ou trois mois une action spectaculaire qui mettrait en émoi le gouvernement et le peuple irakiens.
Les cinq attentats de mardi dernier ont été perpétrés juste deux jours après l’annonce de l’accord tant attendu entre les diverses composantes du Parlement irakien qui a finalement voté la loi électorale et fixé les prochaines élections législatives au 27 février 2010. Ces attentats ressemblent à un terrifiant cri de désespoir de la part des terroristes qui paniquent face à ces signes de réconciliation de la société irakienne qu’ils ont tenté vainement des années durant de disloquer et de désintégrer.
Cela dit, on ne rappellera jamais assez que l’expansion spectaculaire de ce terrorisme nihiliste en Irak, en Afghanistan et au Pakistan est le résultat direct des erreurs tragiques commises par les administrations américaine et britannique sous George W. Bush et Tony Blair, l’un et l’autre ayant fait une fixation pathologique sur le régime de Saddam Hussein. L’un et l’autre ayant menti sciemment à leurs peuples et au monde sur les prétendues armes de destruction massive et sur la prétendue capacité de l’armée irakienne de les utiliser en seulement 45 minutes.
Le plus pathétique, alors que leurs décisions désastreuses, à la manière des réactions en chaîne, continuent de semer la mort et la destruction du Golfe jusqu’à l’Hindu Kush, les deux hommes coulent des jours heureux, l’un au Texas, l’autre en sillonnant le monde et accumulant les millions de dollars, prix de ses conférences et de ses conseils. Le Britannique, comme si de rien n’était, a même eu l’outrecuidance de présenter sa candidature pour le poste de président de l’Union européenne. On attend avec impatience l’élargissement du champ de vision du procureur Luis Moreno Ocampo qui, pour le moment, ne voit pas au-delà du Darfour.
On a souvent écrit et répété que la guerre imposée par Bush et Blair à l’Irak était contraire à la loi internationale. Mais on a rarement évoqué l’autre vérité que cette guerre a également été menée en violation de la Constitution américaine. Les pères fondateurs, considérant que la guerre est une chose trop sérieuse et trop grave, ont confié les prérogatives de son déclenchement au Parlement. Or, si l’on se réfère aux cent dernières années, on constatera que deux guerres seulement ont été précédées d’une déclaration du Congrès, comme le veut la Constitution: celles de 14-18 et de 39-45 du siècle dernier. Toutes les autres, y compris les plus désastreuses (Vietnam, Irak, Afghanistan) ont été décidées par l’Exécutif qui, sous la pression écrasante des différents lobbies, a réussi à marginaliser le Congrès, le transformant en une chambre d’enregistrement et de vote des crédits pour des guerres qu’il n’a pas décidées.
Cette dérive catastrophique se poursuit aujourd’hui. L’Exécutif et les lobbies, loin de tirer les leçons des désastres irakien et afghan, sont en train de recourir aujourd’hui avec l’Iran aux mêmes procédés utilisés hier avec l’Irak. Les tambours de guerre contre le régime iranien, s’ils ne sont pas encore assourdissants, sont parfaitement audibles. Il est plus que temps que le Congrès reprenne ses prérogatives de déclaration de guerre et de la déclencher uniquement quand les intérêts vitaux américains sont menacés et non quand le désirent les lobbies au service d’intérêts étrangers. H.B.R.
Source: La Presse
Source: lapresse.tn
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