Pression maximale
Le derby serait-il devenu plus dur à supporter à cause de la pression? De nos jours, il y a justement davantage d’athlètes que de purs footballeurs. Pourquoi?...
On ne sait pas vraiment ce qu’il convient d’imaginer pour l’EST et pour le CA, surtout quand il s’agit de parler de formules adéquates et des hommes capables de s’adapter au haut niveau. L’on ne manque pas de relever à l’occasion une certaine incapacité dans l’affirmation de certains principes de jeu, de certaines valeurs. Dans un derby, il faut certainement l’aptitude, c’est-à-dire la qualité, le talent, mais aussi l’attitude. Tous les grands joueurs ont fait carrière à travers ce qu’ils avaient laissé entrevoir dans ce genre de match. On ne peut pas grandir si on ne marque pas un derby. La constatation est surtout adressée à des joueurs tels que Darragi, Msakni, Michael ou encore Bienvenu, côté éspérantiste, Dhaouadi, Mouihbi, Ben Yahia, côté clubiste.
Pour bien en prendre la mesure, il convient d’analyser trois indicateurs essentiels : la qualité des deux équipes, leur degré de compétitivité et la valeur de leurs individualités. Ici et là, on peut certainement retenir des motifs de satisfaction. Mais également des défaillances qu’on n’arrive pas à combler depuis le temps qu’elles avaient commencé à se propager. A quelques rares exceptions, les meilleurs joueurs ne se retrouvent pas dans un derby. Et ce n’est pas demain que la tendance va s’inverser. Mais l’évolution des équipes de la trempe de l’Espérance et du Club Africain reste toujours tributaire des échéances d’une pareille envergure sans qu’elles prennent pour autant conscience de la nécessité des stratégies à appliquer et du travail à accomplir. Il n’est pas question ici d’instruire le procès généralisé des systèmes espérantiste et clubiste, qui ne le méritent pas et qui ont réalisé d’indiscutables progrès au cours des dernières années. Un peu partout, ces deux équipes cherchent assurément à déployer un jeu attractif et moderniste. Mais nous souscrivons également à des remarques fondées sur une observation objective de la réalité. Elles s’inscrivent dans une réflexion éternellement renouvelée : il reste constamment sous-jacent, chez la plupart des joueurs, la tentation de négliger la vraie respiration du football, que ce soit sur le plan tactique, sur le plan individuel ou sur le plan mental. Dans les moments décisifs, ils oublient trop fréquemment qu’ils sont capables de monter haut. L’effort pour s’y maintenir leur coûte trop, probablement. Et ils craquent trop facilement. Ils donnent ainsi l’idée de ne pas avoir acquis la fermeté du système. C’est pourquoi ils ont et ils auront encore davantage de chemin à accomplir qu’on ne pouvait le supposer.
Davantage d’athlètes
que de purs footballeurs !
La faute à qui? A tout le monde et à personne, comme bien souvent lors d’un résultat compromettant. Evidemment, personne n’est exempt et les responsabilités sont multiples à tous les niveaux de la structure. Il serait aisé de se focaliser sur les consignes tactiques des entraîneurs et qui, selon certains joueurs, les empêchent de s’exprimer pleinement. Réaction, du reste, incompréhensible et souvent à contretemps. Sur le rôle de certaines individualités ayant touché aux limites de leur fonction.
Mais au fait, l’apport des uns et des autres n’est pas aussi déterminant qu’on pourrait le penser. Quelle serait la partie la plus influente dans un match de football, surtout dans un derby?
A vrai dire, tout dépend du contexte et toutes les parties prenantes qui interviennent souvent tout simplement parce que le football exerce un charme et une force d’attraction extraordinaires. Le derby a-t-il cependant perdu de son charme? Oui, dans la mesure où les joueurs sur le terrain, ou plus précisément les éléments clés, ne sont plus tout à fait maîtres de leurs destins. Sur le plan purement footballistique, on a cependant l’impression que la plupart d’entre eux se ressemblent, essentiellement dans l’incapacité à forcer les choses, et encore moins le cours de événements. La création, l’audace, la finesse, autant de qualités ne sont plus tout à fait de mise dans les grands chocs. Dans un derby, il y a justement davantage d’athlètes que de purs footballeurs. On est pourtant convaincu que le talent est là, que les génies existent toujours, mais cherchent-ils à s’exprimer librement ? N’accorde-t-on pas trop d’importance au seul facteur physique? Enfin, le derby serait-il devenu plus dur à supporter à cause de la pression? On n’a pas le sentiment que ce genre de confrontation ait profondément changé, sinon dans le comportement de certains sur le banc et qui s’agitent plus que les joueurs dans le rectangle.
Jallel MESTIRI
Source: La Presse
Source: lapresse.tn
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