Niazi Mustapha : détecteur de talents et cinéaste complet


L’assassinat de Niazi Mustapha, il y a un quart de siècle, demeure l’une des énigmes que les investigations et les enquêtes policières n’ont pas pu percer. Ce qui a poussé la justice à fermer définitivement le dossier sans pourtant réussir à en élucider les mystères.



Il y a 25 ans, donc, se consommait le terrible destin du réalisateur des films policiers et des longs métrages d’action, dans un bain de sang, dans sa chambre, avenue Korrat Ben Chérik, à El Guiza, sur son lit de sommeil qui s’est transformé en un redoutable mouroir.

Un réalisateur de légende

Niazi Mustapha représenta en son temps l’archétype du grand technicien des métiers du cinéma, formé d’ailleurs à la bonne école, à Berlin, en Allemagne.
Ce natif d’Assiout en 1911 a débuté sa carrière en 1934 aux studios d’Egypte où il fera fonction de premier assistant du réalisateur Youssef Wahby dans le long métrage Al difaâ (La défense).
Par la suite, il se consacre au montage, exercice dans lequel il dirige Salah Abou Seïf, Kouka qui deviendra par la suite son épouse, son frère cadet Jalel Mustapha, Jamel Madkour, Kamel Cheïkh, Emile Bahri…
A partir de 1937, Niazi Mustapha se consacre à la réalisation. Son premier film dans cette fonction porte le titre de Salama fi khaïr (Salama se porte bien), produit par la Société d’Egypte pour le théâtre et le cinéma, tourné aux studios d’Egypte et interprété par Néjib Rihani, Ferdous Mohamed, Rakia Ibrahim, Oustéphane Rousty, Rouhia Khaled et Hassen Fayek.

Férid lui doit une fière chandelle

Pour un coup d’essai, ce fut donc un coup de maître. Ce qui a poussé le monde du cinéma à confier à ce jeune cinéaste bien d’autres œuvres. Grâce à son talent et à sa forte personnalité, Niazi Mustapha accumulera les succès dans ses films suivants : Le docteur en 1939, joué par Souleymane Négib Bacha, Amina Rezk et Anouar Wajdi; Masnaâ al zaoujet (l’usine à épouses) en 1940 où sa propre femme  Kouka participe à son premier long métrage, avec Mahmoud Zoulfikar; Rabha en 1941, avec dans les principaux rôles Kouka, Badr Lama, Bichara Wakim et Abbès Farès.
Notons que le film Rabha, qui est passé dans nos salles de cinéma, a tenu l’affiche près de quatre mois!
Eclectique, touche-à-tout, Niazi Mustapha va s’essayer à tous les genres et à tous les thèmes : comédie, drame, action, histoire, exhibition, films à chansons, films de Sahara et de bédouins…
Dans les années 40, il tourne les films suivants : Si Omar, Hababa, Charaâ Mohamed Ali, Hassen wa Naïma, Ibnati (ma fille), Layali El ons (nuits de plaisir), Awel nadhra (premier regard), Antar wa Abla.
Et c’est à notre cinéaste d’Assiout que reviendra le mérite de lancer le grand acteur Férid Chawky dans les films d’action dans les années 50. Le succès fulgurant de cette nouvelle figure taillée pour ce rôle lui vaudra le surnom de Wahch al chacha (le fauve de l’écran) et d’Al Malak (le roi).
A partir de Hamidou, le tandem Niazi Mustapha (en tant que réalisateur) et Férid Chawky (en tant que premier personnage) vole de succès en succès dans de nombreux films : Fatawat Al Houssaïnia (les durs d’Al Houssaïnia), Rassif nimra khamsa (quai numéro 5), Sawek noss ellil (le chauffeur de minuit), Soltane, Abou Hadid, Zouj mrati (le mari de ma femme), Al mouchagheb (l’agitateur),  Anassab (l’escroc), Ana el hareb (je m’enfouis), Dimaâ ala Nil (du sang sur le Nil), Al Jassous (l’espion), Loobet el hob wa zaweg (le jeu de l’amour et du mariage), Chayatine ellil (les diables de la nuit), Akher forsa (la dernière chance), Antar Ibn Chadded, Farès Béni Hamdane (le chevalier de Béni Hamdane), Rabaâ Al Adawia, Bent Antar (la fille de Antar), Al amil 77 (l’agent 77), Chaytane al Bosphore (le diable du Bosphore), Antar Yaghzou Assahra (Antar conquiert le Sahara), Ana el mejnoun (c’est moi le fou), Laânatou imraâ (la malédiction d’une femme), Bila rahma (sans pitié), Ouhouch El mina (les bêtes du port),  Foutouwat el nass el ghalaba (la bravoure des petites gens).
Niazi Mustapha a également eu le mérite de lancer dans le grand bain un superbe Cendrillon du cinéma des bords du Nil, Souad Hosny, dont il sut tirer le meilleur dans des films passés dans la postérité tels que Saghira al hob (trop jeune pour aimer), Chabab mejnoun jiddan (une jeunesse fofolle), Baba aïéz koura (mon père veut un ballon), Houwa wal qerd (lui et le singe).

De nouvelles figures

Le grand réalisateur fera découvrir un nombre important de nouvelles figures égyptiennes du 7e art qui allaient faire leur bonhomme de chemin et devenir des vedettes : Kamel Chénaoui, Kouka, Leïla Fawzi, Rakia Ibrahim, Nadia Lotfi, Leïla Tahar, Berlanti Abdelhamid, Mohamed Kahlaoui, Mahmoud Morsy, Mahmoud Dulfikar, Adel Adham, Nébila Abid, Youssef Chaâbane, Saïd Aboubaker, Madiha Salem, Naâmet Mokhtar, Médiha Kamel, Salah Essaâdani,Nadia El Jondi, Farouk Fichaoui et le trio de «Adhoua El Masrah» (Les lumières du théâtre) avec Samir Ghanem, George Sidhoum et Eddif Ahmed.
Son œuvre de prospection des talents ne s’arrêtera pas aux  frontières de son pays, l’Egypte.
Beaucoup d’artistes arabes lui doivent d’avoir suivi et encouragé leurs premiers pas : Samira Taoufik, Douraïd Laham et Nihad Kalaï qui jouèrent sous sa protection. Plusieurs longs métrages dont nous citerons  Bint Antar,  Al badaouia al achika  (la bédouine amoureuse) et  Al nassabine athalatha  (les trois truands), des films tournés en Syrie et au Liban.

Kouka bien au chaud!

Pour Niazi Mustapha, la femme de toute une existence a été Kouka. Une splendide star des films bédouins qui avait été son élève dans des cours de montage. Ils se marient et restèrent unis jusqu’à la mort de Kouka en 1979.
Pourtant, cette solide union traversa une bien rude épreuve lorsque Kouka découvrit que son époux de réalisateur fort célèbre avait une autre conjointe, qu’il a épousée secrètement, l’actrice et danseuse Nêemat Mokhtar.
Choquée par la bouleversante découverte, Kouka, en femme entière, mit Niazi devant l’obligation de choisir entre elle ou Nêemet Mokhtar. Naturellement, le réalisateur opta pour sa compagne de route, le divorce a été «public». Sa Kouka à lui, il la tenait bien au chaud pour le restant de sa vie.
Notons pour terminer que Kouka, de son vrai nom Najia Ibrahim Bilal, était née le 7 mars 1917 et décédée à la suite d’un cancer le 29 janvier 1979.
Tahar MELLIGI

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le dimanche 15 novembre 2009 dans Culture



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