Chébika : après le village, l'oasis


"Ils sont en train de tuer la poule aux œufs d'or", dénonçons-nous depuis quelques années à propos du massacre en règle de l’environnement  perpétré à Chébika (gouvernorat de Tozeur). Notre sombre pronostic se confirme, hélas! au fil du temps.



Cette oasis, rendue célèbre par l’enquête sociologique qu’y avait menée le chercheur français Jean Duvigneaud dans les années 60, ou du moins le village qui la jouxtait et qui représentait un modèle achevé de l’architecture saharienne traditionnelle qui a malheureusement été sévèrement endommagé lors des mémorables inondations de 1973, ce qui a améné les autorités à l’évacuer et à reloger la population dans un nouveau village, à une centaine de mètres en contrebas. L’ancien village a déjà été dévasté par un talentueux metteur en scène qui y a tourné des scènes de guerre dans les années 70, avec usage d’explosifs, des vrais! Restauré dans les années 80 par les soins de l’Office du tourisme; il est devenu, avec l’oasis, un passage obligé du circuit des oasis de montagne, un produit alors nouveau, devenu très recherché pour sa singularité et son "exotisme". Une période faste s’est alors ouverte pour le petit commerce local, en particulier celui des cristaux, très abondant dans la région et de l’artisanat, surtout celui de la vannerie, sans compter les menus services paratouristiques. Cela ne dura pas longtemps avant que l’appétit vorace d’une notabilité locale ne s’empare du filon à son profit exclusif, lui et son clan. Sans autre forme de procès, il a confisqué le passage donnant accès à l’ancien village, y a installé son commerce qui n’a cessé de prendre de l’extension au détriment des lambeaux subsistant du tissu ancien, tenant ses concurrents à distance, multipliant les enseignes (en particulier celles, fort nombreuses, indiquant la direction des toilettes!) au point de masquer l’objet même des excursions.

Cette situation, nous l’avons dénoncée parce qu’elle est fort préjudiciable au produit et à la population. Il eût mieux valu, disions-nous, installer les commerces dans le nouveau village. Cela aurait permis une meilleure conservation du site ancien et une répartition plus juste de la manne qu’il génère. Au lieu de quoi nous assistons aujourd’hui à d’hallucinants embouteillages sur le flanc de la montagne autour de ce site et à sa dégradation accélérée. Là en étaient les choses lorsque nous avons rédigé ici même un article intitulé "Nous n’irons plus à Chébika!", il y a de cela environ trois ans. Depuis, la situation a empiré.

S’il fallait faire son deuil du village ancien, du moins restait-il, l’oasis elle-même. Enchassée au fond d’un ravin, parcourue par un oued alimenté par des sources sourdant des failles d’un  piton rocheux dominant l’ensemble, elle constituait le dernier réduit d’authenticité  et de paix. Les petits "commerces" — toujours la sempiternelle vente de cristaux — se sont mis à s’insinuer dans le chemin menant vers la cascade. Chaque jour un peu plus loin. Au point de prendre pied autour de cette cascade! C’en est fini de la magie des lieux. Et vous appelez cela création de sources de revenus? Ce n’est guère ambitieux. Et le jour où les touristes — les étrangers, mais aussi les nationaux — ne voudront plus aller là-bas pour admirer les pancartes et les tas de cristaux dénaturés par la teinture bleue que vous restera-t-il?

T. A.

 

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

Tags: village, ancien, oasis, années, cristaux, chébika, tunisie

Posté le mardi 18 août 2009 dans Vadrouille



Laisser un commentaire





Les champs marqués d'une * sont requis.
Cliquez ICI pour signaler un commentaire illicite.
Merci.