Sned l'Ancien: Un boulevard pour la qualité


Nous n'allons pas nous y rendre par quatre chemins : celui que nous avons choisi est mauvais, par moments même très mauvais, tant au point de vue argumentaire que praticabilité. Oui, nous n'irons pas en bord de mer ;

nous n’irons pas sur une île, ni même en bordure d’oued, de barrage ou de lac artificiel. Nous irons au Sned, par cette route par endroits calamiteuse qui relie Sfax à cette localité. Pourquoi, diriez-vous? Parce que les plages sont encombrées, parce que les cours d’eau sont à sec et, surtout, parce qu’il ne faut pas faire comme tout le monde. Voilà. Même que Robert a fait comme nous. Pourtant, lui, Robert, il a une belle maison à Djerba (donc, forcément, pas loin de la mer). Il l’a quittée pour se réfugier dans les replis de jebel Orbata, chez lui, dans sa maison de Sned l’Ancien (gouvernorat de Gafsa), non loin de sa belle-famille, car Robert est Sindi de cœur et par alliance, puisqu’il a épousé une Sindiya. Et, pour prendre racine dans sa terre d’élection, il y a acquis une maison qu’il a restaurée pour y vivre — un peu — et pour y accueillir des visiteurs de passage. Car Sned l’Ancien s’ouvre au tourisme. Et de belle manière.

 

 

D’abord une précision : nous utilisons l’appellation de Sned l’Ancien pour le distinguer de son jumeau, Sned tout court après s’être appelé Sned-Gare, puisque c’est la gare aménagée aux débuts du protectorat français sur la Tunisie sur le plateau, au pied du jebel Orbata, qui a donné naissance à la localité vers laquelle sont progressivement "descendus" les Jébalis et qui est aujourd’hui le siège de la délégation.

Sned l’Ancien est retranché derrière des crêtes acérées, blotti dans un val au creux duquel se déposent les eaux de ruissellement pour y entretenir de miniscules exploitations agricoles. Un véritable nid d’aigle auquel on ne pouvait accéder que par une effroyable piste fréquentable seulement par les véhicules costauds et qui paraissait interminable. Aujourd’hui, les deux kilomètres séparant les deux localités ont été asphaltés et les travaux vont bon train pour relier les Sned à la localité de Saket, sur l’autre versant du jebel Orbata, sur la route Gabès Gafsa.

 Désenclavement, donc, de Sned l’Ancien pour l’ouvrir au tourisme. Car l’endroit est hautement touristique puisque doté d’un patrimoine naturel et civilisationnel d’une richesse exceptionelle. Nous connaissons déjà le passé berbère de cette localité avec son genre de vie, son artisanat et ses traditions propres. Nous avons déjà visité ses fameuses grottes naturelles aménagées en dépendances ou en refuge en cas de coup dur. Mais bien des choses nous étaient restées inconnues : les ruines du village ancien chevauchant les crètes, les autres refuges incrustés à flanc de collines rocheuses, les huileries souterraines, les réservoirs et circuits de distribution de l’eau dans le village primitif ; nous ne connaissions pas les sortilèges du jebel en amont de la localité, direction Bou Saad et Saket. Ses plateaux couverts de touffes d’alfa et d’arbrisseaux divers, ses oueds et ses canyons, ses pâturages et ses nids d’aigle royal.

Endroit hautement touristique, disions-nous. Ajoutons : et pas pour n’importe quel tourisme. Ici, on vise une fréquentation de qualité plutôt que le nombre. Surtout, on est obsédé par la préservation de l’authenticité et de l’intégrité de ce patrimoine, ce à quoi se consacre depuis plusieurs années l’association locale de sauvegarde de la localité. Animée par M. Gley, un jeune ingénieur également président du conseil municipal pour le mandat en cours, cette association s’emploie à promouvoir des activités compatibles avec sa vision d’un tourisme culturel et écologique intégré dans le paysage social et urbain. Elle encadre ainsi des jeunes qu’elle forme dans des activités traditionnelles (tissage, extraction d’essences végétales, fabrication d’articles utilitaires ou décoratifs etc.) et impulse des formules d’accueil et de prestation de menus services aux visiteurs.

C’est peut-être en matière d’hébergement que l’action se distingue plus particulièrement. Sans séjour, si court soit-il, le tourisme n’est pas pleinement rentable. Ici, guère question d’hôtels, mais la rusticité de l’aménagement et de l’équipement des grottes du village tranformées en auberge n’autorise pas l’accueil d’une large gamme de visiteurs, en particulier les personnes âgées, avec un minimum de confort (douche et toilette sur place, espaces de rangement, cuisine etc.) Alors, on milite pour l’aménagement de maisons d’hôtes. Et ça marche! Pour l’heure, on en dénombre cinq en cours d’installation dans le village. Des demeures anciennes retapées et réaménagées à l’intérieur pour accueillir la clientèle dans le confort.

Voilà donc ce qui nous a amenés ici en pleine canicule : le devoir — et le plaisir — de vous annoncer que dès la saison prochaine, tout de suite après votre retour des plages, il vous sera loisible de vous rendre au Sned (éviter les routes du gouvernorat de Sidi Bouzid, en plein chantier), d’accéder au village ancien et d’y séjourner en tout confort. Car, la saison touristique commence ici quand les plages ferment.

Tahar AYACHI

 

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le mardi 18 août 2009 dans Vadrouille



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