La goulette et la culture


Plein de chantiers, ces temps-ci, à l'entrée de la localité de La Goulette. En bordure de l'embouchure du canal menant à l'ancien port de Tunis, jouxtant le quai où accostent les paquebots de croisières, un décor des Mille et Une Nuits est en train de surgir comme par un effet de magie au milieu des décombres d'anciennes installations affectées à divers usages, en particulier les locaux de la première centrale éléctrique de La Goulette.




Au rythme où vont les travaux, on devine que, dans un très proche avenir, ce chantier sera achevé et le projet en cours d’aménagement fonctionnel.

Un peu plus loin, à l’entrée de la localité, la masse imposante de la Karaka semble inamovible. Pourtant, à y regarder de près, le monument est animé de mouvements inaccoutumés. Son portail, ouvert, laisse le passage à un va-et-vient inhabituel, tandis que, du haut de son enceinte, par une meurtrière pour fût de canon, se déversent à un rythme régulier, des brouettées de gravats.

Y a-t-il un rapport entre les deux chantiers? Oui, le tourisme.

La Goulette est l’une des stations balnéaires les plus populaires du pays, et sa réputation va bien au-delà. Aussi, en saison estivale, est-ce l’explosion de sa fréquentation. Le restant de l’année, elle mérite bien l’image qui l’associe au vent rôdant par les rues désertes. Et c’est pitié, parce qu’elle ne manque pas de ressources. Alors, aussi bien la cité touristique que la forteresse de la Karaka vont-elles être mises à contribution pour en étaler la fréquentation sur toute l’année.

Mais d’abord, un rappel. Au port de La Goulette accostent, bien entendu, des bateaux de transport de voyageurs mais également ceux transportant des croisiéristes en tournée dans le bassin méditerranéen. Jusque dans les années 90, le port recevait un bâtiment de ce type par semaine. Puis le rythme s’est accéléré avec l’augmentation du nombre d’opérateurs, ce qui a amené les autorités à aménager un quai à cet usage et, par la suite, à procéder à son extension.

Il faut savoir que ces véritables villes flottantes peuvent accueillir jusque 3.500 plaisanciers. Leur circuit est ponctué de haltes d’un peu moins d’une journée au cours desquelles il leur est loisible de débarquer pour visiter la ville du port d’accueil. On dira qu’une bonne moitié des croisiéristes débarque pour de telles visites organisées par des voyagistes locaux ou des taxistes agréés à cet effet. Les autres, et pour des raisons diverses, préfèrent rester à bord. Et c’est précisément cette clientèle-là qui est ciblée pour de courtes escapades à quai ou dans le voisinage immédiat du port. Et c’est à ce niveau que les deux chantiers se rejoignent.

La forteresse de La Goulette est un monument emblématique, chargé de souvenirs et de symboles.

On ne sait pas exactement à quand remonte sa fondation. Une inscription d’époque romaine indiquant les tarifs de transfert de voyageurs et de marchandises sur la rive radésienne de ce qui était alors une lagune a bien été retrouvée au début du siècle dernier au voisinage de l’édifice, mais cela ne suffit pas à affirmer une fondation antique. Des historiens affirment qu’après la prise de Carthage par Hassen Ibn Noômane, celui-ci aurait érigé un fortin à l’entrée de cette lagune qui, à travers un "oued", conduisait à Tunis.

Là encore, guère de traces archéologiques. Les historiens retiennent en tout cas que l’amiral des flottes du sultan ottoman Soliman 1er, Khaïreddine, dit Barberousse, a successivement agrandi puis reconstruit un fortin qui a été à son tour reconstruit par Charles Quint et Philippe II après la prise de Tunis par les troupes espagnoles en 1537. Sous le dey Hammouda Pacha, au début du XVIIe s., il a, dans ses grandes lignes, pris son allure actuelle.

Bastion de défense de l’un des accès majeurs à Tunis, l’édifice a connu plusieurs affectations, dont la dernière en date, jusqu’aux lendemains de l’indépendance, celle de centre de détention, ce qui lui a valu l’appellation de Karaka, qui ne plaît guère à Féthi Bahri, archéologue en charge de ce monument qui le trouve trop réducteur. Et il est bien placé pour le savoir, lui qui est en train d’en explorer les entrailles.

Prison, puis quoi encore? A vrai dire, l’ouvrage a été "saucissonné", des ailes en en ayant été détachées pour accueillir ici un oratoire, là les locaux de la municipalité de La Goulette jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; un théâtre a été aménagé sur sa terrasse, tandis qu’un atelier de textile s’est incrusté sur son flanc est, sans parler de l’installation dans les locaux pénitentiaires, justement, d’un éphémère musée du Bélier. Ecartelé, démembré, l’édifice n’en a pas moins tenu le coup, même si, contrairement à la législation, des bâtiments — et pas des plus beaux — sont venus l’étouffer sur ses flancs nord et est.

Quelques campagnes de "restauration" sont venues par deux fois aggraver son mal. Car, à intervalles réguliers, on a parlé de réhabilitation. Mais c’est seulement au mois de décembre dernier, après trois ans d’interruption, qu’il a été décidé de passer aux choses sérieuses : faire de la Karaka un pôle d’attraction majeur de La Goulette. Vaste programme!

L’édifice couvre une superficie totale de 11.000 m2. Sa réhabilitation totale s’étendra sur une très longue période. Dans un premier temps, il sera procédé aux interventions urgentes de nature à en sécuriser la visite et à aménager une exposition permanente consacrée à l’édifice et à La Goulette dans ce qui a servi de prison et qui est une extension de la forteresse primitive effectuée sous Hamouda Pacha. Cette réalisation, en cours, ne couvrira qu’à peine 230 m2 Son entrée en service pourrait se faire à une relative proche échéance. Mais elle ne sera que l’amorce, derrière la façade placide de ce monument, d’un circuit d’une richesse et d’une variété sidérantes. Quelques opérations d’évacuation de déchets et quelques sondages le laissent entrevoir.

Pour le chercheur Féthi Bahri se dégagent des perspectives scientifiques exaltantes. Et, pour la ville de La Goulette se précise, enfin, une vocation touristique et culturelle qui viendra heureusement compléter le produit balnéaire et atténuer une saisonnalité très préjudiciable pour l’économie de la localité, d’autant que la nature de ce nouveau créneau est susceptible de drainer les étrangers aussi bien que les nationaux

 

Tahar AYACHI

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

Tags: forteresse la goulette, goulette, édifice, locaux, monument, tunis, karaka, forteresse, rythme, chantiers, localité, cours, tunisie

Posté le mardi 18 août 2009 dans Vadrouille



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