Le pays vu par les uns et les autres


Aimer la Tunisie, aimer un pays où l’on a vécu, où on ne vit plus. Une terre quittée depuis longtemps, visitée de temps à autre pour raviver ce quelque chose enfoui qu’on appelle les souvenirs. Les souvenirs d’une enfance tunisienne manifestement restés intacts, le site du jour en témoigne: www.de-tunisie-et-ailleurs.com




Plus qu’un site, c’est un manifeste élaboré par des originaires du pays pour dire qu’ils n’ont rien oublié. La mémoire, la leur, ils ont pour charge de l’entretenir et la réactiver, si besoin.

De l’histoire à la culture, de l’architecture aux rituels religieux. La Tunisie des années 30 et bien avant est reprise et commentée. Rien que par les catalogues photos, le voyage dans le passé est garanti.

Ici et là, des clichés en noir et blanc de la mosquée de Mateur, de l’hôpital des sœurs, d’une rue de Bizerte de 1920, en passant par les maisons troglodytes de Matmata.

Des pérégrinations du nord au sud du pays, et une véritable reconstitution de la vieille et belle époque, et de ses pratiques économiques, sociales et religieuses.

On saura que Sidi Daoud, cette banlieue de la côte nord tunisienne, célèbre par la pêche aux thons, employait près de 14.000 pêcheurs. Plus que l’Algérie et le Maroc réunis, nous dit-on, et dont les 9/10e sont tunisiens. Ces hommes de la mer pratiquaient alors la pêche au chalut, produisant une grande variété de poissons. Mais c’est le thon qui tient la tête d’affiche, précise-t-on encore, avec 8.000 à 10.000 thons capturés chaque année à Sidi Daoud même. On ajoutera que produits de la pêche et huile d’olive ont amené la création de conserveries de poisson qui, en 1950, ont exporté plus de 3.000 tonnes.

Ainsi, un témoignage de la Tunisie qui se veut exhaustif et pourquoi pas précis, les chiffres et autres statistiques ne manquent pas pour l’étayage des commentaires.

Il y a comme une volonté manifeste de n’omettre aucun détail de la vie passée capturée par des diapositives et par des photos-souvenirs. De l’exhaustivité à laquelle s’ajoute de la rigueur; les dates et les statistiques foisonnent. Il reste que l’on peut reprocher aux concepteurs (davantage conceptrices, puisque les femmes dans l’équipe sont nettement plus nombreuses) que leurs sources ne sont pas toujours indiquées.

Dans cet exposé, les coups de cœur ne manquent pas non plus, l’on se focalise sur des éléments de l’histoire. D’où la rubrique Art Berbère. A coup de clics et d’agrandissement de photos, une vue assez variée de cette culture authentique se déroule et l’on plonge tout droit dans le sud des terres cuites et des tapis en laine sous un soleil ardent.

Sur toute la surface du Maghreb, nous dit-on, mais aussi du Sahara, jusqu’en Mauritanie, les tribus berbères ont développé une culture très riche. L’architecture des ksour en est un bel exemple. Les Berbères des villages avaient, en effet, su développer une architecture particulière au sein de leurs villages du Sud comme à Chenini ou Douiret. Les ghorfas (littéralement chambres) des ksour restent l’élément construit le plus étonnant. On accédait aux ghorfas supérieures, ces greniers à blé, orge, dattes ou olives, par d’étroits escaliers dont l’escalade était plutôt périlleuse. Ainsi chaque «ghorfa» est une pièce voûtée, aérée par une petite fenêtre donnant vers l’extérieur du ksar (toutes les portes d’entrée s’ouvrent sur une cour intérieure, le ksar n’offre au regard de celui qui est au pied du piton rocheux sur lequel il a été bâti qu’un mur lisse percé de fenestrons). L’objectif, ajoute-t-on, est de mettre à l’abri des pillages les précieuses marchandises péniblement accumulées par les habitants du village berbère. Ces ghorfas pouvaient être décorées des mêmes signes retrouvés alors sur les tapis, les poteries, également sur les bijoux et les tatouages. De la cohérence…

Au fil des rubriques, l’approche privée n’est pas en reste non plus. Des jardins secrets sont livrés pour être partagés à travers des souvenirs d’enfance, des dessins d’écoliers et des objets personnels. Des cadres de vie prennent alors forme et l’ambiance d’une époque se profile derrière.

A travers ce passé, le présent est également présent. Des expéditions touristiques, à l’allure de guide de voyages, sont aussi présentées pêle-mêle. Les photos d’un château alsacien s’imbriquent avec des recettes siciliennes.

Ce site, élaboré pour marquer sur la «pierre» du Net des souvenirs, se présente davantage comme un hymne au soleil et à la découverte, et pourquoi pas une invite à l’ouverture et à la tolérance qui se passent de slogans.

 

Hella Lahbib

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

Tags: souvenirs, photos, tunisie, ghorfas, pêche, culture, d’une, tunisie

Posté le mardi 18 août 2009 dans Vadrouille



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