Paysages urbains: Racontez-nous les jardins de nos palais


Parler de jardins husseinites, quelle gageure si l’on sait que de jardins, il n’ existe plus rien et que nos archives n’en gardent presque aucune trace ! De tout le règne des Husseinites, pourtant long de deux siècles et demi, les quelques palais qui leur ont survécu ont du mal à conserver encore cette empreinte des grands bâtisseurs qu’étaient justement les Husseinites.


L’histoire est là pour le confirmer. Ces enfants de la lointaine Turquie, sous l’influence de civilisations aussi riches que diverses, ont entouré leurs demeures de splendides jardins dont la beauté rapportée par des voyageurs de l’époque laisse songeur. Aujourd’hui nous en savons un peu plus grâce à une jeune paysagiste à qui nous devons la reconstitution minutieuse et détaillée de quelques-uns de ces jardins.
Pourquoi ces jardins-là, surtout qu’il est extrêmement difficile de les reconstituer ? "Et pourquoi pas?", rétorque Sondess  Zaier,  la jeune paysagiste  en question.  «Il y a bien des jardins anglais, des jardins japonais, des jardins français; alors pourquoi pas les nôtres aussi?», s’interroge-t-elle.  L’enthousiasme y est, comme on le constate. Et la jeune femme se mettra à la quête de toute information susceptible de reconstituer les jardins d’antan. Les difficultés sont énormes d’autant plus que Sondess Zaier  avec son profil de paysagiste ne maîtrise pas suffisamment, comme elle le dit elle-même,  les techniques de recherche  adéquates. Commence alors une course effrénée et longue entre les Archives nationales, l’Institut national du patrimoine (INP), l’Institut de recherches sur le Maghreb contemporain. A partir de cette documentation, S.Zaier engage une série d’entretiens avec des personnes qui, tel  Ahmed Jallouli, conservent encore quelques souvenirs de l’époque. Le travail est complété par la reconstitution de plans de jardins de quelques demeures comme Kobbet Ennhass à La Manouba, Dar Taj à La Marsa et dont il ne reste aucune trace, ainsi que le jardin de Dar Essaâda à La Marsa,  dans son plan originel. Le résultat en est trois types de jardins.
Le premier modèle — jnîna —,  et qui est d’ailleurs le plus courant, adopte la forme quadripartite avec, généralement, deux axes se croisant au milieu, autour  d’un arbre ou d’une fontaine. Ce modèle a été importé  par les musulmans chassés d’Espagne. On le retrouve à El Hambra, au Généralif, etc. On le retrouve également dans d’autres villes du Maghreb  telles que  Marrakech ou  Fès  au Maroc. Quelquefois, la «jnîna» ouvre sur un verger verdoyant d’oliviers et d’agrumes. Ce modèle, explique Mme Zaier, a été lui-même ramené de l’ancienne Perse où il porte le nom de tchahar-bag.
Le deuxième modèle est tout simplement le verger. Dans tous les cas de figure, il était divisé en plusieurs parcelles de forme carrée ou rectangulaire avec des éléments toujours les mêmes : un kiosque pour la détente, la relaxation et le plaisir, un puits et un plan d’eau ( la jabia) pour l’irrigation. Le jardin était toujours clôturé et presque tous les palais en étaient pourvus  : Ksar Taj et Ksar Essaâda à La Marsa, Kobbet Ennhas et Ksar El Warda à La Manouba, les palais de Ksar Essaïd, de Carthage, de Dermech, du Bardo, etc.
Le troisième modèle, qui est un jardin avec perspective, sert essentiellement  soit à mettre en valeur la demeure en attirant l’attention sur elle, soit à faire la jonction entre la demeure et le jardin. Ce type existait à Dermech et à Ksar El Warda. Tous ces jardins qui embaumaient  avaient beaucoup de couleurs, avec leurs plantes aromatiques, leurs jasmins, leurs orangers et leurs céramiques.
Durant deux siècles et demi, la Tunisie avait eu ses jardins caractéristiques. Aujourd’hui il en reste à peine des traces, à l’exception du jardin d’Essaâda qui en a gardé quelques traits mais qui n’a pas été restauré selon la configuration originelle « car nous n’accordons pas la même importance aux palais qu’à leurs jardins», explique S.Zaier. « Alors qu’au Maroc on reprend jusqu’à maintenant le modèle très vieux du ‘‘riadh’’ dans les hôtels, les espaces publics et jusque dans les demeures, chez nous l’idée est presque taboue», conclut-elle.
Fadhila BERGAOUI

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le mardi 18 août 2009 dans Vadrouille



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