Du plomb dans l’aile ?


•La consultation nationale sur le livre, qui a démarré le 25 avril et qui prendra fin en novembre 2009, dressera l’état des lieux du secteur, mettra le doigt sur les lacunes et promet l’élaboration d’un plan d’action pour promouvoir la culture du livre et de la lecture publique



Qu’en est-il du livre et de la lecture publique en Tunisie ? Comment se porte l’industrie du livre en tant que créneau doublement intéressant, puisqu’elle contribue à l’essor de l’entreprise éditoriale tunisienne et à la diffusion de la culture auprès du public ? Quelles sont les lacunes qui ralentissent le développement tant voulu du livre ? Et quelles sont les solutions appropriées pour   résoudre les problèmes persistants et promouvoir, comme il se doit, la culture de la lecture publique ?
Autant de questions préoccupantes qui reflètent, déjà, une situation quelque peu floue du livre en Tunisie. Floue, voire ambiguë, équivoque.
Si l’on examine, en effet, le cadre législatif réglementant le secteur du livre, l’on se rendra compte, ipso facto, de l’importance des mesures prises dans le but d’encourager les éditeurs et de les inciter à mieux faire tant sur le plan qualitatif du livre tunisien, notamment l’amélioration de la forme et du contenu, que sur celui quantitatif. Les plus significatives sont sans doute la compensation de 75% du coût du papier,  l’élaboration d’un cahier des charges  simplifiant les procédures indispensables à l’implantation d’une maison d’édition, l’acquisition annuelle d’un grand nombre de livres, jugés par le comité de sélection comme conformes aux normes requises pour alimenter l’approvisionnement des bibliothèques publiques. Et c’est grâce aux mesures d’encouragement que le livre a pu marquer des points en matière de contenu et de forme. Selon une source de la direction de la lecture publique, le livre tunisien se distingue positivement des livres dans les pays arabes par la bonne qualité du papier et de l’impression, un travail méticuleux sur l’esthétique de la couverture et le traitement de thèmes actualisés susceptibles d’intéresser le lecteur. «D’ailleurs,  les éditeurs  utilisent de plus en plus le papier dit “verger” dont le prix exubérant décourageait, il y a à peine quelques années, la plupart des éditeurs. Pour ce qui est du contenu, les données prouvent que le livre tunisien est très prisé par les intellectuels et les chercheurs à l’échelle arabe».

Les maux du livre

Toutefois, le livre tunisien se distingue aussi par son coût assez élevé par rapport aux livres produits à l’échelle arabe, ce qui ne constitue point un avantage, notamment dans un contexte mondial placé sous le signe de l’information numérique. Il faut dire que le rythme de la vie moderne semble ne plus être en faveur de la lecture : les nouveaux moyens d’information sont jugés plus attrayants car plus rapides et plus pratiques. La nette régression des quantités d’impression au fil des ans traduit, ainsi, la réticence du public quant à la lecture et, par conséquent, le manque de commercialisation du livre tunisien. Selon la même source, les quantités d’impression sont passées de 3.000 exemplaires, il y a à peine quelques années, à seulement mille actuellement. Pourtant, la plume des écrivains et des intellectuels ne manque pas de générosité. Selon les données fournies, le nombre des titres produits annuellement est passé de 300, il y a quelque temps, à 1.700 en 2007. Le nombre des maisons d’édition a plus que doublé en huit ans, puisqu’on passe de 80 maisons d’édition en 2000 à 171 en 2008.
Au moment, donc,  où l’infrastructure tant législative que fiscale du secteur du livre connaît un saut important et où la multiplication des maisons d’édition s’avère être des plus fructueuses, le livre tunisien demeure prisonnier de son prix élevé.  Il se fait rare sur le plan des exemplaires.
Par ailleurs, la montée d’une nouvelle catégorie d’éditeurs, qu’ils soient écrivains ou de simples passionnés du domaine, ne fait que creuser l’écart entre le contenu de qualité et le contenu moyen ou médiocre. L’absence flagrante de comités de lecture et d’esprit sélectif chez la plupart des libraires est un problème qui mérite l’attention des parties concernées, «car beaucoup de déchets sont à éliminer».
D’un autre côté, les petites maisons d’édition ont du mal à gérer leurs entreprises et assurer les détails d’après édition. «Il faut dire que 40% de la production du livre sont assurés par les écrivains eux-mêmes. C’est en usant de cette astuce qu’ils échappent à la sélection, à la critique et à l’orientation du comité de sélection de la direction. Aussi, le lecteur peut-il tomber sur des livres tunisiens qui ne correspondent pas aux normes», souligne, pour sa part,  Mme Radhia El Kaâbi, directrice des Lettres à la direction de la lecture publique. Et d’ajouter que plusieurs éditeurs tunisiens comptent trop sur l’approvisionnement annuel de la direction de la lecture publique au point de restreindre considérablement la quantité d’impression, chose qui nuit au livre en Tunisie.
A l’ambiguïté du secteur s’ajoute la réticence des lecteurs. En effet, la lecture revêt, essentiellement, un aspect utilitaire et élitaire. Selon M. Ali Marzouki, directeur chargé de la lecture publique, la moyenne de lecture publique en Tunisie est de 1,18 livre par habitant et par an, ce qui est minime. Pis encore: le responsable affirme que la consultation des livres tunisiens dans les bibliothèques publiques s’avère limitée. Seuls les livres de référence inscrits dans les programmes scolaires et la littérature enfantine tunisienne connaissent une certaine sollicitation.


Consultation nationale sur
le livre : vers le dénouement

Pour résoudre ces problèmes et donner un nouveau souffle au secteur du livre en Tunisie, le chef de l’Etat a ordonné, lors de son discours prononcé à l’occasion de la journée nationale de la culture, le 28 juin 2008, l’élaboration d’une consultation nationale sur le livre. La consultation a démarré le 25 avril 2009 et se poursuit jusqu’à fin novembre 2009. Elle s’achèvera sur la rédaction d’un rapport national sur le livre et les éventuelles recommandations pour une stratégie nationale du livre et de la lecture. «Il est impératif pour le livre tunisien de s’ouvrir à l’échelle internationale et de promouvoir notre culture. D’un autre côté, nous devons mettre plus en valeur le savoir-faire tunisien en matière d’imprimerie, surtout que ce savoir-faire est reconnu par des écrivains européens qui préfèrent imprimer leurs livres en Tunisie plutôt que chez eux».
Parallèlement, la promotion du livre et l’ancrage de la lecture publique auprès des jeunes devraient impliquer toutes les parties concernées sans exception. «Pour notre part, nous faisons de notre mieux, en fait, pour promouvoir le livre et la lecture. Pour ce, nous consacrons une enveloppe de 120 mille dinars rien que pour les actions de promotion. Ainsi, nous organisons annuellement près de 30 foires au niveau régional; des expositions estivales au bord de l’eau dans les villes côtières. Et afin de développer le réflexe de la lecture dans les moyens de transport, nous organisons des actions de sensibilisation dans les gares», indique M. Marzouki.
La direction vit actuellement au rythme des journées nationales de la lecture et de l’information, organisées du 20 avril au 10 mai. «Cette année, précise le responsable, nous avons mis l’accent sur le livre destiné aux personnes âgées. Aussi, avons-nous consacré quelque 40 mille livres, dont 80% tunisiens,  pour alimenter 11 unités de lecture, qui seront implantées dans les centres de protection des personnes âgées. Notons que l’unité de lecture du centre de la Manouba est déjà prête». La promotion du livre se traduit, en outre, par les hommages rendus aux adhérents fidèles des bibliothèques nationales ainsi que la tenue du concours national des œuvres enfantines.
D’un autre côté, la fédération nationale des associations et amis des bibliothèques et du livre et  l’union des éditeurs tunisiens ont signé, en 2008, une convention afin d’œuvrer ensemble et plus efficacement à la promotion du livre.
Toutefois, la promotion du livre devrait également devenir une priorité pour les libraires et l’Union des écrivains tunisiens qui, de par leurs statuts, sont bien placés pour mettre en lumière les nouvelles éditions en général et les éditions tunisiennes en particulier.

Dorra Ben Salem

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le mardi 18 août 2009 dans Cahiers culturels



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