Entretien avec Mme Radhia El Kaâbi, directrice des Lettres au ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine: La distribution : le maillon faible
• Les distributeurs gagnent jusqu’à plus de 50% du prix du livre
A l’heure où les férus de livres, d’encyclopédies et de manuels se bousculent pour se rendre au rendez-vous immanquable qu’est la Foire internationale du livre de Tunis, d’autres — la majorité écrasante hélas — continue inlassablement car, inconsciemment, à développer cette réticence et cette indifférence injustifiées et stériles à l’égard du livre.
Le temps, tentent certains d’entre eux de légitimiser cette rupture entre le public et le livre, n’est plus en faveur des ouvrages encombrants et aux papiers «attrape-poussière». Aujourd’hui, le règne des nouvelles technologies de communication et d’information, telles que les chaînes satellitaires, le facebook, l’internet et autres, semble contrecarrer non sans cruauté l’histoire d’une relation affective, confidentielle, fondée depuis la nuit des temps, sur la confiance, qui liait intimement l’homme au livre.
La lecture, et tout ce qu’elle renferme de vertus, notamment l’apprentissage de la langue et de diverses langues, l’enrichissement et du vocabulaire et des connaissances, l’ouverture sur le monde de l’écriture et l’entrée en symbiose intellectuelle avec différents auteurs, mais aussi la relaxation fructueuse qui se vit durant le moment de lecture, constitue désormais une préoccupation élitaire. Les yeux plongés dans un livre intéressant, le lecteur savoure un moment de détente et un voyage dans le pays des lettres, du «dit» et du «non-dit». Pourtant, ce genre d’évasion intellectuelle ne semble intéresser qu’une minorité.
Pour résister à cette situation et faire face à l’indifférence du public quant à la lecture, la direction de la lecture publique, relevant du ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, s’active en vue d’aider les maîtres du livre, notamment les auteurs, poètes, les éditeurs, les distributeurs et les libraires, à résoudre les lacunes jusque-là persistantes, à participer efficacement à la promotion du livre tunisien, et par conséquent de la culture tunisienne, et à hisser le secteur à un niveau plus intéressant.
Pour avoir une idée plus claire sur la situation du livre en Tunisie, nous avons pris l’avis de Mme Radhia El Kaâbi, directrice des Lettres à la direction de la lecture publique avec qui nous avons eu l’entretien suivant.
Comment se porte le livre en Tunisie, notamment dans un contexte placé sous le signe du numérique ?
Le livre persiste indépendamment de toute forme de refus. Il connaît une nette amélioration tant pour la forme que pour le contenu, notamment dans le domaine de la littérature infantile. D’autant plus qu’il fait l’objet d’un ensemble de mesures avant-gardistes élaborées afin de dynamiser davantage ce secteur et d’inciter les parties concernées, notamment les écrivains et les maisons d’édition à fournir plus d’efforts pour développer la production de livres tout en atténuant les obstacles qui jouent au détriment de la promotion de la lecture publique. La mission de la direction de la lecture publique repose, justement, sur les mécanismes d’appui destinés au secteur du livre.
En quoi consistent exactement ces mesures ?
En effet, les mesures établies en faveur du secteur du livre concernent l’aspect législatif et financier. Pour ce qui est des textes de la législation propre au secteur, il a été procédé à la simplification des procédures nécessaires à l’instauration d’une maison d’édition, lesquelles sont désormais bien définies dans le cahier des charges conçu spécialement pour les éditeurs, ce qui a favorisé la mise en place de nouvelles maisons d’éditions.
D’un autre côté, l’augmentation du pourcentage de compensation du coût du papier par le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine a permis aux éditeurs de miser davantage sur la qualité esthétique du livre. Notons que l’Etat consacre quelque 750 mille dinars pour la compensation du coût du papier. Le ministère se charge donc de 75% du coût du papier alors qu’il n’assurait, il y a à peine quelques années, que 60% du coût; une mesure avant-gardiste unique à l’échelle arabe.
Par ailleurs, le ministère fait l’acquisition d’un grand nombre d’ouvrages tunisiens, sélectionnés avec soin par les comités de sélection et de lecture, dont 80% sont distribués aux bibliothèques publiques. Quant aux 20% restants, ils sont généralement distribués comme prix à l’occasion des fêtes nationales. Cette action nécessite, à elle seule, une enveloppe annuelle d’un million de dinars.
Parmi les mesures fort intéressantes visant la promotion du livre, on cite, en outre, l’annulation de la censure sur tous les ouvrages édités à partir de l’année 2007. Il faut dire également que grâce à l’inclusion du secteur de l’édition dans le code d’investissement, le livre tunisien a encore plus de chances de développement.
Si les mesures prises pour dynamiser ce secteur et encourager le public à la lecture, en général, et à la lecture des livres tunisiens, en particulier, sont aussi importantes, qu’est-ce qui freine donc l’essor de ce secteur et empêche le livre de prendre sa revanche et redevenir une source d’information et d’apprentissage des plus prisées par les Tunisiens de tout âge?
Le blocage se situe à plusieurs niveaux, en fait. Je pense que les problèmes liés à la distribution des livres en sont les plus déterminants. En effet, la distribution coûte cher au grand détriment du livre même. Les distributeurs haussent le prix et gagnent plus de 60% du prix du livre. Ce qui rend le prix du livre parfois inaccessible au public. D’un autre côté, la multiplication des éditions privées, qui comptent quand même 40% du total des éditions, se dévoilent parfois non conformes aux normes requises. Du coup, la liberté des éditeurs privés se révèle une arme à double tranchant : si elle contribue au développement quantitatif de la production des livres, elle nuit, à défaut de critique, de contrôle et de savoir-faire en matière de gestion et de compétitivité, au secteur. Nous remarquons, par ailleurs, une nette régression au niveau des quantités d’impression des ouvrages tunisiens puisqu’on est passé d’une moyenne de 3.000 exemplaires à seulement 1.000 exemplaires actuellement.
D.B.S.
Source: La Presse
Source: lapresse.tn
Tags: direction des lettres auprès du ministère de la culture de tunisie, direction des lettres tunis, kaabi radhia, livre interressant sur la tunisie, ministère de la culture tunisie direction des lettres, livre, lecture, secteur, notamment, livres, ministère, tunisiens, éditeurs, public, mesures, culture, papier, promotion, publique, ouvrages, sauvegarde, lettres, patrimoine, distributeurs, d’une, distribution, direction, tunisie
Laisser un commentaire
Navigation
- Actualités
- Forum
- Lavage à domicile
- Voyage en Tunisie
- Poèmes d'Amour
- Horoscope
- TV en ligne
- Programme TV
- Tunisie Annonces
- La révolution en vidéos
- Télécharger musique
- Heures de prières
- Météo Tunisie
- Cours des devises
- Derniers Tags
- Contact
Actualités Tunisie
- A la une
- Actualités nationales
- Arts
- Autre
- Business
- Cahiers culturels
- Cinéma
- Communiqué
- Conso
- Courses
- Culture
- Culturel
- Décès
- Digital
- Divers
- Dossiers
- Economie
- Editorial
- Entreprises
- Faits de société
- Finance
- Foot
- Handball
- Idées et Débats
- International
- Justice
- Le Monde
- Lectures
- Lettres et Pensée
- Life Style
- Livres
- Maison et jardin
- Media
- Mode et beauté
- Monde
- Musique
- Nouveautes
- Paroles de Jeunes
- People
- Politique
- Proximités
- Ramadan
- Régions
- Save the Date
- Shopping
- Showbiz
- Société
- Sport
- Sports
- Style de Ville
- Technologie
- Tendances
- Tennis
- Théâtre
- Vadrouille
- Vie de couple