Haïdra : le temps de revivre
Nous étions donc plus de 70 participants qui avons repris la route de l'ouest pour aller, sur la Table de Jugurtha, au mont Chaânbi ou à Haïdra, commémorer le dixième anniversaire du lancement de cette si singulière équipée qu'est la "vadrouille",
celle-ci ayant entraîné quelques milliers (trois, quatre, cinq mille ?) sur les routes de la découverte des trésors naturels et civilisationnels de ce si petit et à la fois si grand pays qu’est la Tunisie.
De la nostalgie, disions-nous la semaine dernière. Oui, mais pas seulement. La soif de la (re)découverte est restée intacte, et cela laisse une si large place à l’émerveillement que l’on ne peut que recommencer. On le fera avec d’autant plus d’enthousiasme lorsqu’on aura gardé à l’esprit les retombées "collatérales" de telles expéditions, celles qui vous rapprochent non seulement des choses inertes, mais également des femmes et des hommes qui nous accueillent en proches. Nous en avons un témoignage de plus dans l’encadré ci-dessous.
La visite de Haïdra avait été programmée pour samedi en fin de journée, mais l’état du ciel nous a incités à la remettre au lendemain en début d’après-midi pour mieux profiter de la clarté du jour. Et nous avons bien fait.
Le site de Ammaedara précède la localité de Haïdra qui piétine cependant sur les plates-bandes de son aînée. Il s’étale sur plusieurs centaines d’hectares, égrénant des monuments qui font juxtaposer dans le désordre le plus total les siècles et les millénaires. Toutes les ères de l’histoire de la Tunisie se retrouvent ici, celles qui sont absentes sur le terrain — époques préhistorique, libyque ou punique — se lisant en filigrane dans le paysage ou dans quelques survivances architecturales. De l’époque romaine à l’établissement du protectorat français sur la Tunisie en 1881 en passant par les époques vandale, byzantine, arabe et ottomane, tout est en place dans ce décor. C’est dire si une visite de ce site requiert bien plus qu’une fin de journée.
On ne passera pas tout en revue, mais à nous contenter des monuments les plus emblématiques du site, on s’arrêta d’abord devant l’arc de triomphe de Septime Sévère, érigé en 195 et didié à l’empereur romain d’origine africaine et qui enjambe la voie dallée en parfait état venant de Carthage et menant à Théveste (aujourd’hui Tébessa, à quelque 30 km plus à l’ouest, en territoire algérien. De part ses proportions et la qualité de son exécution, cet ouvrage est unique en Afrique du Nord. Toujours du même côté et un peu plus loi, la masse trapue d’un casernement de janissaires d’époque ottomane jouxtant une mosquée en ruines au décor architectural si original. Presqu’en face, de l’autre côté de la route, l’élégante ossature d’une chapelle vandale et, un peu plus loin, la bâtisse construite par les douanes françaises en 1886 dans un style parfaitement européen (toiture inclinée recouverte de tuiles rouges et portail en fer forgé). Lui faisant face, la célèbre citadelle byzantine, la plus grande en terre africaine, une véritable cité dans la cité pour survivre en autharcie en périodes de troubles avec pâtés résidentiels, espaces marchands, lieux de culte, etc. Par-delà l’oued qui ceint la ville antique, les silhouettes élancées de trois mausolées. Et la basilique chrétienne qui avaient recueilli les reliques de Saint Cyprien, célèbre théologien martyrisé à Carthage au IIIe s. Et les thermes, et le capitole avec son forum, et le théâtre, etc., etc.
Tout cela et une si faible affluence, surtout de la part des Tunisiens ? Oui. C’est triste. Mais avec le printemps, un avenir meilleur s’annonce pour le site d’Ammaedara. Le Chef de l’Etat vient en effet de lui allouer une enveloppe très substantielle pour achever des travaux de consolidation et de mise en valeur et habiliter l’endroit à accueillir les visiteurs dans de bien meilleures conditions. Nul doute qu’une fois ce chantier achevé et que ce site majeur aura bénéficié d’une campagne de communication conséquente, l’affluence grossira à vue d’œil et ses retombées se feront sentir très positivement sur la localité.
Tahar AYACHI
Source: La Presse
Source: lapresse.tn
Tags: haidra mosquée ottomane, paysage de haidra, haïdra, tunisie, avons, tunisie
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