Pissenlit : à manger sans modération


Vous ne pourrez pas ne pas le reconnaître. Le pissenlit est, en effet, une plante à part, de la même famille que la chicorée, avec ses feuilles longues bien découpées, bien séparées les unes des autres, d’un vert foncé caractéristique et partant à la base même de la tige.


 Ses fleurs, d’un jaune éclatant, lui ont valu en Europe — où le pissenlit est cultivé il y a de ça au moins un siècle—, la jolie appellation de «florins d’or». A l’âge mûr, les fleurs (lahyet echitane) cèdent la place à des fruits secs chevauchant de petits parachutes que le vent dissémine  sur des kilomètres à la ronde et sur lesquels viennent souffler avec joie les enfants.
A cette période de l’année, quand il y a du vent et qu’on est à la campagne, on peut les distinguer nettement, petites boules éphémères et hérissées, virevoltant au gré du vent.
Chez nous, et bien qu’étant identique à celle d’Europe, la plante n’est pas  pour autant appréciée, encore moins cultivée. Gageons même qu’en dehors des habitants de la campagne et des forêts, très peu de gens arrivent à la distinguer d’une autre plante. Pourtant et à l’arrivée du printemps, le pissenlit confère aux champs, clairières et lisières de bois une note de gaieté peu commune : des taches de soleil d’un jaune insolent ponctuent ainsi le paysage et il est vraiment difficile qu’elles n’accrochent pas le regard.
Pour les paysans, en tous les cas, la plante n’est pas une inconnue. D’abord et en tant que telle, il est impensable pour un paysan de ne pas distinguer une plante d’une autre ou de ne pas en connaître l’usage et l’utilité. Aussi, le pissenlit est-il connu sous l’appellation locale de «pis de vache» ou «pis de chèvre» (bazzoulet bagra, bazzoulet a’nz). Ce sont les enfants, les adolescents surtout qui, le printemps arrivé, se gardent bien de rater cette plante dont les tiges encore tendres sont succulentes. Sucrées et amères à la fois.
Elles sont ainsi croquées sans complexe et sans égards pour les gencives qui prennent pour l’occasion une couleur quasiment noire verdâtre. Il n’est pas rare alors d’entendre une mère recommander à son enfant d’en manger sans modération, de telles plantes ne pouvant qu’amener «force et protection».
La science prouvera par la suite que les plantes sauvages et comestibles sont riches en fibres et bourrées de vitamines. Pour les paysannes, la question est très simple : «puisque c’est bon pour l’animal, cela ne peut qu’être de même pour l’humain».
Le pis de vache ou de chèvre, si l’on veut, est aussi croqué pour ses propriétés diurétiques. Cela aussi, les paysans le savent autant que leurs homologues français qui, pour cette raison, ont affublé la plante de l’appellation de pissenlit (pisse-en-lit). Nos paysans en reconnaissent l’utilité laxative et n’hésitent pas à l’employer contre la constipation. La science a prouvé que le pissenlit nettoie les reins, le système urinaire et le foie. Elle prouve encore que c’est un complément de lutte efficace contre les infections urinaires, les insuffisances hépatiques et l’hypercholestéromie.
En utilisation externe, le pissenlit est un cicatrisant et un adoucissant. Il est même incorporé dans beaucoup de compositions cosmétiques à base de lotions et de crèmes. La commission européenne, elle, le recommande dans le traitement des douleurs rhumatismales.
Est-ce pour toutes ces raisons qu’en Europe, et en France en particulier, le pissenlit est cultivé en abondance? Toujours est-il que la plante, si peu connue chez nous, pousse ailleurs grâce aux soins de l’homme qui lui réserve des milliers d’hectares. Elle est cultivée aussi dans les potagers et les jardins, vendue autant que les autres légumes dans les marchés et les hypercentres commerciaux. Car et en plus de son usage médicinal, le pissenlit est utilisé également dans la cuisine française. Dans les salades, et depuis très longtemps, il est consommé cru, accompagné de lardons, d’œufs durs ou fromage. La confiture de fleurs de pissenlit est même  devenue un classique dans les campagnes françaises où les mêmes fleurs sont à la base de fabrication de miel, et leur extrait additionné au vin et autres apéritifs. Quant à la feuille, elle peut être associée à des légumes tels que les épinards, le céleri ou la pomme de terre. Pour la racine et jusqu’à nos jours, certains la font griller puis broyer pour la substituer au café. Le goût en est, paraît-il, succulent.
Fadhila BARGAOUI   

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

Tags: pissenlit, plante, fleurs, paysans, autant, distinguer, tunisie

Posté le mardi 18 août 2009 dans Vadrouille



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