Hammadi Mezzi, metteur en scène et animateur culturel (directeur de la maison de la culture Ibn-Rachiq): Les revendications d’hier et d’aujourd’hui




Est-ce que le théâtre a été toujours aussi absent des festivals d’été ?
Le théâtre dans nos grands festivals d’été, à savoir Hammamet et Carthage, était accompagné d’un réel engouement et les festivals d’été étaient pour nous l’occasion de découvrir des créations du répertoire international avec des décors somptueux, de nombreux comédiens, des créations qui attiraient un grand nombre de spectateurs dans ces théâtres de plein air.
En plus, l’été était aussi l’occasion de voir autrement nos pièces de théâtre dans des espaces ouverts et de rencontrer un public qui venait spécialement pour le théâtre.  
Les festivals de Hammamet, de Bulla Reggia, de Dougga, de Monastir étaient, dans le temps, des hauts lieux du 4e art et des compagnies étrangères — généralement françaises — venaient donner leurs premières chez nous. Ces festivals étaient même producteurs et commanditaires de deux créations tunisiennes chaque saison, une pour l’ouverture et l’autre pour la clôture.
En ces temps-là et jusqu’à récemment, le festival   du théâtre amateur de Korba, qui se déroule en été, réunissait aussi bien les gens du théâtre mais aussi des cinéastes, des musiciens, des peintres et ça bouillonnait avec des rencontres, des débats et des ateliers quasi non-stop.

Le théâtre en été savait créer une dynamique et avait son public, comment expliquez-vous ce relâchement? 
Le constat de ces dernières années est alarmant, les rares représentations théâtrales, même dans ces festivals qui étaient jadis consacrés au 4e art, se jouent devant un public très restreint, parfois même inexistant. L’explication qu’on donne, c’est que le public n’aime pas le théâtre et lui préfère les grands galas de musique et de variété qui remplissent les caisses des festivals. Ce qui n’est pas vrai. A en juger à partir de mon expérience d’animateur culturel et de créateur, le public que ce soit au cours de l’année ou en été a besoin d’être motivé et de disposer d’une programmation sérieuse qui le respecte et d’une vraie promotion, en plus d’une réelle volonté politique de la part des commissariats régionaux à la culture qui manquent d’initiatives et dont le travail se limite à placer les pièces  subventionnées sans tenir compte de la nature du travail et des spécificités des espaces de représentations. En plus des conditions indignes d’accueil dans la plupart des espaces estivaux, du coup, le spectateur n’est pas du tout préparé à consommer du théâtre en été, puisqu’il est déjà négligé par ceux qui le programment.

Que proposez-vous comme solution ?
Je trouve que  c’est aux responsables culturels des régions de s’impliquer plus dans la programmation et le suivi des festivals, d’être plus créatifs et de trouver la juste formule pour que le théâtre ait une place de choix. Il ne faut pas se limiter à placer les pièces dans une programmation aléatoire, mais bien la réfléchir par rapport aux attentes du public et à  l’espace d’accueil. Une ligne de conduite par rapport à une politique claire doit être mise en œuvre pour créer une semaine de théâtre par exemple dans le cadre d’une programmation plus large.
Je persiste à dire que le public apprécie le théâtre tout au long de l’année, cela est un fait. Sinon  comment expliquer que ce même public qui fréquente les espaces de théâtre et en redemande ne soit pas réceptif à ce même produit l’été. Je pense que c’est la paresse des programmateurs qui est en cause.
Je me demande encore qu’est-ce qui empêche les directeurs de festivals d’intégrer le théâtre dans leur programmation et de rendre hommage à nos créateurs durant une semaine au moins dans des espaces bien équipés et chaleureux.
Aujourd’hui, à l’occasion du centenaire du théâtre tunisien, on aurait aimé revendiquer de nouvelles mesures pour la promotion de notre théâtre au lieu d’acclamer les mêmes choses que nous avions jadis et qui n’existent plus aujourd’hui.

Propos recueillis par Asma DRISSI

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le mardi 18 août 2009 dans Cahiers culturels



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