Abdelghani Ben Tara, homme de théâtre: «Le théâtre est une matière culturelle et non pas commerciale»


Abdelghani Ben Tara a démarré sa carrière artistique très tôt. Tantôt acteur, tantôt technicien et tantôt metteur en scène, il s'est finalement installé dans un espace de la médina de Tunis, qu'il baptisa «La maison festive». Dans cet espace, il a installé un petit théâtre quadrifrontal, inspiré des fdaouis d’antan, précise-t-il. 

Parlant de la raréfaction de la création théâtrale dans nos festivals, il cite, avant tout, le changement du concept de festival. Le festival étant avant tout consacré à célébrer  l’abondance de créations, il a progressivement changé de vocation et est devenu une fin en soi. «Aujourd’hui, on programme les festivals même si on n’a pas un contenu artistique approprié et on remplit les vides comme on peut», souligne-t-il à ce propos, ajoutant qu’une génération entière composée des grands noms du théâtre tunisien a fait que la production théâtrale était à une certaine époque meilleure et beaucoup plus présente dans les festivals. «Les ouvertures et les clôtures des festivals de Carthage et de Hammamet étaient toujours composées de pièces théâtrales», précise-t-il encore.
Notre interlocuteur ajoute qu’il y avait des festivals spécialisés totalement consacrés au théâtre,  tel celui de Dougga, qui attiraient un nombre considérable d’amateurs. «Aujourd’hui, le nombre de compagnies théâtrales s’est multiplié ainsi que celui des productions au détriment, malheureusement, de la qualité. Désormais, on ne distingue plus le bon du mauvais et le public est également entraîné dans cette confusion et ne sait plus quoi choisir dans ce tumulte de productions».
Pour revenir aux festivals, M. Ben Tara se rappelle que le début de cette dégradation des contenus a commencé à se faire sentir vers la fin des années 80 avec la programmation au festival de Carthage de spectacles n’ayant aucune finalité culturelle et qui visent surtout à maximiser les entrées d’argent. «Le but n’était plus culturel mais plutôt matériel, sans l’annoncer clairement, les attentes des organisateurs étaient claires».  M. Ben Tara reconnaît que certains spectacles jugés sans valeur culturelle peuvent attirer un grand nombre de spectateurs, mais il ajoute par la même occasion que le théâtre, dans le sens propre et vrai du terme, construit sur des textes étudiés et une mise en scène professionnelle, attire également le public, pourvu qu’on sache l’attirer «en assurant une information optimale et efficace sur  l’événement et en habituant le public à ce genre de spectacles».
A ce propos, il cite une pièce qu’il a eu l’occasion de présenter à Carthage en 1984 et où le public n’a pas quitté les lieux ou encore les occasions qu’il a eues de débattre avec le public après chaque représentation.
La faute majeure, estime-t-il, incombe aux directeurs de festivals et autres responsables des espaces culturels qui n’accordent aucune importance au théâtre, le programmant de façon arbitraire sans assurer la communication sur l’événement. D’autres programment des pièces dans des espaces et à des moments non appropriés. Notre interlocuteur cite à ce sujet l’expérience qu’il a récemment eue dans une petite ville du Sahel tunisien où il a dû présenter la pièce dans un espace fermé d’une maison de la culture alors que dans l’espace extérieur, une grande fête avait lieu (avec Dj et tout le bruit qui s’ensuit).
«Dans la majorité des cas, les responsables des maisons de la culture et autres espaces culturels ont tendance à condenser toutes les manifestations durant la même période, à savoir celle des vacances d’été, c’est pourquoi le spectateur ne sait plus comment s’organiser et quoi voir», ajoute-t-il, tout en précisant. «D’ailleurs, il est également très fréquent que le théâtre soit programmé dans des jours morts ou pour combler des vides».
«Désormais, ajoute encore M.Ben Tara, on assiste à une dégradation des valeurs, autant dans nos rues que dans nos télés, dégradation qui est sans doute due, dans une certaine mesure, à la marginalisation de l’art noble qu’est le théâtre. Notre public a été conditionné de façon  à pencher vers la facilité et le message simple qui ne demande aucun effort intellectuel». 
Pour pallier cette paresse, il invite à une programmation plus importante du théâtre tout au long de l’année et à une fidélisation d’un certain public (étudiants , enseignants…).
Mettre en place les conditions nécessaires pour que le spectacle réussisse, à savoir un choix judicieux de l’espace et du moment et une bonne communication. «Il faudrait en outre se pencher sur le théâtre en tant que matière culturelle et non pas commerciale, lui donner une importance particulière et habituer le public à un contenu sérieux et ayant une valeur culturelle», note enfin M.Ben Tara.
N. CHAHED

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le mardi 18 août 2009 dans Cahiers culturels



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