Noureddine El Ouerghi: Parcours d’une vie


A Dar Ben Abdallah, maison enfouie au cœur de la médina, il est chez lui. C’est en maître  des lieux qu’il reçoit, Noureddine El Ouerghi, homme de théâtre, connu par ses pairs pour son sérieux, son abnégation, et une ligne de laquelle, lui et sa femme Néjia El Ouerghi, ils ne se sont jamais écartés.




Après 25 ans d’errance, Noureddine et Najet El Ouerghi trouvent enfin un espace pour nicher leur expérience et l’approfondir. Ce rêve est concrétisé après tant de souffrances et beaucoup de dettes contractées. Mais le résultat est un lieu du culte théâtral, un espace artistique, polyvalent et équipé, joliment décoré dans le style du vieux Tunis. Libéré, le couple créateur n’est plus tenu d’offrir des concessions techniques, encore moins artistiques.
Noureddine El Ouerghi, qui a associé la Terre à son théâtre, compte quelques succès,  tel : A toi mon institutrice, quant à la dernière création : Ya Ommatan Dhahikat, c’est l’œuvre de la maturité, selon des connaisseurs.

Pour remonter aux origines

Son parcours, entamé en 1976, a été semé de succès et de lourdes déceptions. Des pérégrinations sur la terre, avec ses heurts et ses succès, des doutes, et une certitude, toujours la même, faire du théâtre, du bon.
 L’homme ne semble pas très enclin à parler de lui. Il évoque rapidement son combat pour se trouver un endroit rien qu’à lui. Mais, réservé et discret, c’est à peine s’il explique : «Nous avons cherché partout à travers le pays et longtemps, avec parfois des projets avortés, enfin nous sommes là, mais nous les ruraux, nous gardons nos peines pour nous».
Il commence au tout début, remonte loin dans le temps, pour parler de cette expérience théâtrale nationale qui a 100 ans maintenant : «Nous sommes un pays de théâtre, dit-il. Si, historiquement, le théâtre voit le jour en 1909, il n’est pas une ville dans le pays où ne figure parmi les vestiges antiques conservés un amphithéâtre».

Ce goût prononcé et ancestral pour ce qui est devenu, après, le quatrième art est-il resté intact?
Le quatrième art est exercé depuis l’école, les clubs étaient implantés partout. Les manifestations étaient nombreuses et de qualité. Noureddine El Ouerghi raconte sans s’arrêter, d’un seul trait, une histoire apprise par cœur parce que vécue : Carthage, Tabarka, dit-il, ouvraient leurs festivals avec une pièce qu’ils produisaient pour l’occasion. Quant à Hammamet, l’essentiel de la programmation était axé sur des œuvres théâtrales.
Aussi, apprend-on, au fil de cette chronique racontée, que des pièces en arabe littéraire ou dialectal à partir de textes propres ou adaptés des grands classiques, Molière, Corneille, Shakespeare, étaient régulièrement représentées.
A ce beau temps, succède la grisaille. Les années 80, comme tout le monde le sait, se démarquent tristement par un vide intellectuel. Vide qui a porté un coup dur à l’ensemble du projet théâtral national. «Face à une démission totale de l’intelligentsia qui se complaisait dans un confort béat, fermant les yeux devant le danger de la médiocrité menaçant de toutes parts. le public s’est perdu dans la nature, et perdant ses repères, le goût général s’en est altéré peu à peu».
Une situation qui a persisté, déplore encore notre interlocuteur, non sans peine. N’empêche, un groupuscule d’hommes de la scène est resté fidèle à des idéaux. Inutile de les citer, dit-il, méfiant, ils se connaissent, on les connaît. Ceux qui ont tenu bon, sans faire de concessions. L’Etat, enfin, est venu à la rescousse. Plusieurs expériences théâtrales ont été alors soutenues. Une institution publique en plein dans son rôle: «C’est à l’Etat de soutenir le théâtre de haute facture, c’est à l’Etat de combattre la médiocrité, c’est aussi à l’Etat de subventionner les chaises vides, jusqu’à ce qu’elles se remplissent».

Il reste que, et malgré toutes les bonnes volontés, le malaise a  persisté, pourquoi?
Si le Président de la République a ordonné de procéder à une consultation nationale sur le théâtre, c’est qu’il y a effectivement malaise. Un malaise découlant d’un cumul de facteurs : formation défaillante, manque de subvention, insuffisance d’espaces, précarité des hommes et des femmes de la profession. Les problèmes de distribution et de diffusion dans le pays ou à l’extérieur viennent s’y ajouter pour aggraver une situation déjà grave.
Tel est le bilan dressé en deux temps trois mouvements par l’homme de théâtre. Ce professionnel qui accorde à l’art  bien des vertus autrement plus importantes.
Et comment ? Au-delà de sa valeur esthétique et culturelle, le théâtre est pourvu, selon lui, d’un rôle civilisationnel. Cet Art, qui englobe tous les arts, s’avère un solide rempart face à l’extrémisme. Il nourrit l’esprit, cultive l’âme et ouvre les yeux sur les valeurs et des idéaux.
Miroir de la société, rempart contre l’extrémisme, et enfin service public, «comme la Steg et la Sonede»! Noureddine El Ouerghi martèle, heureux, que le théâtre tunisien marque là où il passe, malgré tous ses problèmes.
Le mérite est d’autant plus grand, et comme dit Corneille dans le Cid : «A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire». Les hommes et les femmes de théâtre ont continué leur bout de chemin, quand le péril de l’indigence et de la médiocrité les menaçait de toutes parts. A ceux qui sont passés à trépas, à ceux qui nous font plaisir et nous honorent, souhaitons-leur en cette fête du centenaire du théâtre : bon anniversaire.

Hella Lahbib

Source: La Presse


Source: lapresse.tn

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Posté le mardi 18 août 2009 dans Cahiers culturels



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